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Éclairages sur la révision du procès de Mamadou Dia
Rédaction — 12/08/2010
L'annonce, mardi dernier 3 août, du ré-examen du 'procès de Me Valdiodio Ndiaye et de ses compagnons' est, en fait, une manière subtile du président Abdoulaye Wade de remettre un goût du jour la réouverture du procès de Mamadou Dia, ancien chef du gouvernement sénégalais, dont Valdiodio Ndiaye n'était qu'un des complices. Il est bien vrai que le contexte de la cérémonie du concours général, dont Valdiodio Ndiaye était le parrain, commandait d'axer le discours sur cette personnalité dont le courage, la bravoure, la dignité et les compétences ont été des références aux temps de la lutte pour l'indépendance. Un jeune confrère, Youssouph Sané, du quotidien Le Populaire, ne s'y est pas trompé, qui a bien décrypté le camouflet et réagi en journaliste professionnel en signant son article sous le titre : 'Le chef de l'Etat va signer un décret pour la révision du procès de Mamadou Dia'. Accusé de tentative de coup d'Etat, le 17 décembre ¬1962, Dia était traduit devant un tribunal spécial (entre le mardi 9 et le samedi 13 mai 1963), avec ses compagnons-ministres : Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall. Les accusés avaient pour leur défense, huit avocats : quatre Français (Sarda, Badinter, Farthouat et Baudet) et quatre Sénégalais (Oumar Diop, Assane Dia, Ogo Kâne Diallo et Abdoulaye Wade). Leurs plaidoiries - pour pertinentes qu'elles fûssent - jointes à la pondération du réquisitoire du procureur de la République, Ousmane Camara, n'ont pas empêché le tribunal de prononcer une sentence maximale au principal accusé (Mamadou Dia) : la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée, vingt ans de détention criminelle à Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr et Joseph Mbay et cinq ans d'emprisonnement assortis de dix ans d'interdiction des droits civiques à Alioune Tall. Une tartufferie exécrable 'Quand j'ai entendu la sentence, je n'ai pas eu de surprise, je m'y attendais', écrira plus tard Mamadou Dia . 'Je savais très bien qu'ils s'arrangeraient pour me donner le maximum.
A ce moment-là, s'il y avait eu la peine de mort, je n'y aurais pas échappé parce que, pour eux, c'était une question de survie politique', renchérit-il. Du procès en général, il dira : 'Ce fut une tartufferie exécrable, une escroquerie morale et politique, parce qu'il fut une justification honteuse par le droit de l'injustifiable, une justification par le droit du triomphe de la mauvaise foi et de l'intrigue ' Me Wade, qui avait assuré la plus haute autorité de l'époque qu'il ne plaiderait que le droit, avait développé 'une argumentation brillante', selon les propres termes de Mamadou Dia, qui ajoute que 'cette précision ne saurait s'interpréter comme une restriction quelconque tendant à méconnaître notre dette de reconnaissance qui est entière'. D'ailleurs, c'est ce même Wade qui fut choisi par Dia pour prononcer les derniers mots de la défense des avocats qui 'ont tous plaidé avec talent et conviction' (Dia dixit). Un profond malaise 'A l'époque , ce procès a marqué le coeur des Sénégalais ; il avait provoqué un profond malaise chez les citoyens', rappelle le président Abdoulaye Wade qui confesse : 'Je pense que personne au Sénégal ne pense que Mamadou Dia et ses compagnons aient voulu réellement faire un coup d'Etat ; il y avait un grand malentendu entre Dia et Senghor'. Et d'avouer qu'il a 'toujours pensé que le temps était venu de réviser le procès de Valdiodio Ndiaye et de ses compagnons, au nom du peuple sénégalais ; maintenant que les personnes concernées sont décédées, on peut aborder avec lucidité ces douloureux évènements de notre histoire', précise-t-il. Cette intention de révision d'un tel jugement avait déjà été exprimée, par le président Wade, bien après que Me Ogo Kâne Diallo eût, dès après le procès, mené une étude et constitué un dossier pour sa révision. Un mois après Or donc, c'est le 21 avril 2000, un mois après son élection, le 19 mars, à la magistrature suprême que le nouveau président de la République avait annoncé, pour la première fois, la saisine par ses propres soins, du ministère de la Justice, en vue de la révision du procès. Mais Dia avait publiquement déclaré, à propos de ce procès, qu'il 'ne se considérait pas du tout comme quelqu'un à laver', qu'il 'était propre' et qu'il 'n'avait jamais été terni', d'autant que 'les évènements lui avaient donné raison' parmi lesquels il s'était plu à mentionner, entre autres, les déclarations d'acteurs de ce 17 décembre comme le général Jean Alfred Diallo, devenu chef d'Etat-major général des Forces armées, ('le président Dia n'a jamais voulu faire un coup d'Etat', dans Sud Hebdo du 17 décembre 1992) et du procureur général du procès, M. Ousmane Camara ('Mamadou Dia n'avait pas l'intention de faire un coup d'Etat' - août 2000).
La seconde fois (en décembre 2001), c'est lui, Mamadou Dia, qui prit l'initiative de l'opération. Au moment où paraissait la nouvelle édition de ses Mémoires ('Afrique, le prix de la liberté'), dans laquelle il faisait des révélations pertinentes, entre autres sur les évènements qui avaient conduit à son arrestation et son incarcération, il apprend que le président Senghor était gravement malade. Dans un communiqué daté du 13 décembre 2001, il exprimait alors sa 'grande tristesse' face à cette situation et se prononçait ainsi sur l'agitation créée autour de la révision de ce procès : 'Dans un contexte où l'un des principaux protagonistes, le président Senghor, n'est manifestement pas en mesure de se présenter à la barre, je me passerai volontiers, personnellement, d'une révision de mon procès de 1963 ' 'Mais, ajoutait-il, si d'aventure, mes avocats et les familles de mes co-détenus étaient pour la révision du procès, je suis prêt à me ranger à leur avis'. Car, pour lui, en dépit du sentiment qu'il éprouvait pour Senghor, avec qui il avait, 'pendant près de 17 ans, mené les mêmes combats pour des objectifs élevés, partagé les mêmes angoisses et les mêmes succès, encaissé les mêmes coups de la part d'adversaires communs' , 'ni la maladie, ni même la mort, qui est notre destin commun, ne peuvent effacer les faits historiques qui font partie intégrante de la mémoire de chaque peuple'. Dès lors, ces états (de maladie ou de mort) 'ne pouvaient lui interdire de s'acquitter d'un devoir de vérité à l'égard du peuple sénégalais, et surtout à l'égard des jeunes générations qui n'ont pas connu, ou pas assez, certaines périodes exaltantes de nos annales politiques'. De fausses nouvelles A la suite de ce premier communiqué, pourtant parfaitement édifiant, le président Dia dut recourir à un second communiqué, deux jours après (le 15 décembre) pour tenter de couper court à une controverse sur sa prétendue opposition à la révision de son procès.
Ce texte était notamment libellé ainsi : 'Sans aucune intention de polémiquer, je voudrais indiquer ce qui suit : dans l'état critique actuel où semble se trouver le président Senghor, la décence commande que cesse toute agitation médiatique autour du projet de révision de mon procès de 1963, agitation qui tend à véhiculer de fausses nouvelles, contradictoires, telles que 'Dia renonce à la révision' ou 'les avocats obligent Dia à accepter '. Cela se passait alors que le processus de révision avait été enclenché. Et à la première audience de la Cour de cassation, le 15 janvier 2002, convoquée pour l'examen du texte de révision, l'avocat général fit part d'une lettre, en date du 19 décembre 2001, du ministre Yéro Deh, assurant l'intérim du Garde des Sceaux, demandant au Procureur général de se désister de l'engagement du processus de révision du procès, à la grande surprise, à l'incompréhension et à la désapprobation des cinq avocats de la défense .
Et depuis cette date, plus rien sur ce procès, même si lesdits avocats ont estimé que 'la nature et l'importance était telles qu'ils considéraient que le devoir leur dictait de ne pas en rester là, d'envisager et de mettre en oeuvre, dans la sérénité, toutes les démarches et procédures susceptibles d'aboutir, ultérieurement, à la révision du procès dans l'intérêt de la vérité historique de la Justice, dans le respect de la mémoire des morts, de tous les morts'. A ce stade de la conclusion de cette contribution, ma proximité avec Mamadou Dia - qui a duré une quinzaine d'année - me fait obligation de témoigner que je ne l'ai jamais entendu dire qu'il était opposé à la révision de son procès. En plus de la narration des faits rapportés plus haut, il convient de reconnaître qu'à la limite, sa position était contenue dans l'expression que voici, qui correspond tout à fait à la personnalité de l'homme : 'Révision ou non de mon procès, l'Histoire a déjà jugé. Dieu, qui a l'éternité devant Lui, jugera '.
Car, pour lui, s'étant rendu quitte avec sa conscience, il avait payé le prix qu'il fallait payer, et sans regret et, finalement, les évènements lui avaient totalement donné raison Il reste que la justice des hommes doit s'exprimer pour rétablir la vérité historique sur cette tranche tumultueuse de la marche du Sénégal.
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